Voyage au Kirghizistan

Vol bivouac au Kirghizistan Juillet 2021par Aldric Vene et Alexandre Jullien

Ne loupez pas la vidéo après la lecture de ce récit !

L’esprit du projet et ses conséquences.

Même si notre objectif est le vol bivouac, soit progresser en marchant et en volant, nous acceptons de dévier du purisme de cette pratique en nous autorisant quelques trajets en voiture au gré des rencontres ou des nécessités météo. Nos sacs, qui pèsent 18 kg pour un bivouac dans les Alpes, sont passés à 20/22kg pour plusieurs raisons : davantage de nourriture (5 jours d’autonomie), une tente chacun (1,1kg à 1,5kg), plus de protections contre la pluie, et une balise satellite chacun (Inreach explorer pour Aldric, Spot Gen3 pour Alexandre).

Ailes : Omega X alps pour Aldric, Gin Explorer pour Alexandre. Sellettes Neo Stayup pour les deux.

Le parapente: un prétexte?

"Je ne retournerai pas au Kirghizistan pour y voler". Cette phrase de Martin Beaujouan, eu au téléphone 3 jours avant le départ, me tourne en boucle dans le tête. Est-ce bien raisonnable? La météo se prête-elle au vol libre là-bas? C'est trop tard pour tergiverser, les billets sont pris! La taxi nous conduit de l'hôtel Tunduk à Bishkek où nous avons été reçus par Azema, la fille de la gérante, dans un excellent français (une denrée aussi rare que précieuse ici), au col routier de Too Ashuu. Vent, nuage et pluie sont de la partie. De l'autre côté du tunnel sur le versant Sud, dans un virage à 2800 m, nous profitons d'une trouée dans le ciel pour nous "jeter" en l'air.

Aldric Vene et Alexandre Julien

Flux descendant sur les reliefs ombragés, mais le fond de la vallée de Susamyr se pave de grosses tâches d'ombre dérivant plein Est. Le vol prend l'allure d'un vol de plaine et telle une montgolfière, nous avalons 40 km : c'est l'espace-temps qui sépare deux orages ici (REPLAY 3D). Ailes pliées, nous nous retrouvons 5 minutes plus tard sous un déluge de grêle à boire le « kumuz » dans une yourte. Ce lait de jument fermenté, offert avec hospitalité par une famille de berger, est une boisson aigre et fumée. Le bain culturel est bien rapide!

Les 3 jours qui suivent sont faits de marches forcées sous un ciel écossais, perturbé et frais. Nous apprenons vite à monter la tente juste avant chaque orage, et parfois nous décidons de marcher quand même... avec le casque de parapente pour nous protéger de la grêle ! Seules la beauté du paysage et les rencontres nous font oublier le poids du sac (plus de 20 kg). Et pour mieux accepter ce que Philippe Nodet appelait le poids de l’inutilité du parapente, Alexandre et moi nous mettons à imaginer un récit mythologique.


Jamgir et Rahmat

"Il y a très longtemps, le dieu Rhamat (traduisez "merci") voulut créer un paradis pour les hommes volants. De sa main divine, il créa un immense pays faits de pentes écoles à perte de vue, toutes orientations possibles. La douceur de ces pentes herbeuses n'était entravée que par des cimes acérées vers lesquelles s'élevaient les plus beaux rapaces. Pensant son travail terminé, le dieu Rahmat s'en alla définitivement.

C'est alors que le fourbe et jaloux dieu Jamgri (traduisez "Pluie") décida de compromettre le travail de son prédécesseur. Il inventa ainsi le vent, la pluie, l'orage et la grêle, rendant ainsi totalement inopérantes ces magnifiques montagnes!"


Les caprices de Jamgir... Jour 2 : nous marchons une quinzaine de kilomètres et décidons de tenter un vol. Nous quittons le fond de vallée. La montée est harassante, et une fois au décollage à 3300m, un orage nous accueille. Nous plantons la tente pour le laisser passer, mais nous y resterons 15 heures. Il pleut toute la nuit suivante et nous décidons de redescendre à la faveur d’une accalmie à 6h du matin dans le brouillard et les herbes mouillées. Bilan de la tentative : presque 24h de perdues, nos affaires trempées et un gros coup au moral !

Changer de concept

A nouveau la phrase de Martin B. me revient en tête comme une musique! Passé le col de Karakol (3400 m), nous décidons ainsi au 3° jour d'accepter la proposition qui nous est faite de continuer en voiture jusqu'à Kotchkor. Il s’agit du véhicule qui fait la collecte du lait et du fromage des yourtes de toute la vallée ! A chaque arrêt nous chargeons des bidons de lait... et une personne de plus, pour finir à 8 pour 2 sièges !


Le trajet à bord de cette Niva (cousine de la Lada soviétique) est entrecoupé de pauses vodka. Les bouteilles jetées systématiquement au bord de la route nous font relativiser sur la notion de pollution dans ces pays. Le kirghizistan a l'empreinte écologique la plus basse d'Asie et son jour de dépassement est le 26 décembre. C'est plutôt nous les pollueurs carbonés. Eux ne pourront jamais prendre l'avion, donc nous évitons toute réflexion déplacée. La météo ne s'améliorant pas, nous décidons de changer de concept pour les deux jours suivants. Nous laissons le matériel de vol à l'hôtel pour aller trekker l'emblématique lac de Song Kul. Nous marchons une journée sous la pluie et dans le brouillard, et sommes recueillis par une bonne fée à l’entrée d’une yourte.

La nuit passée dans la yourte avec la famille de Nogurn prend des airs d'aventures en "Terre Inconnue". Les applis de Google traduction offline nous permettent de briser la barrière de la langue, et mêlées aux gestes les plus illustratifs, nous permettent de mener à bien de réelles conversations. Le calme de la nuit passée à leurs côtés n'est troublé que par une attaque de loups, assez récurrentes dans ces zones pastorales. Le retour sous un soleil improbable nous fait déjà regretter quelque peu notre choix d’être venus sans parapente. La météo est en train de changer à notre avantage...

"I Help me!"

Les prévisions méteo s'annoncent belles. Nous changeons de cap et décidons de survoler la chaîne qui se situe au Nord du grand lac Issyk Koul. Nous trouvons un décollage à 2500 m d'altitude au-dessus de Balyktchy. Le ciel s'ennuageant rapidement précipite notre décollage. Nous avançons très peu, en nous faufilant entre les nuages. Aussitôt posés, deux hommes viennent à nous légèrement affolés. L'un d'eux nous enjoint de ne pas remonter vers un décollage et répète inlassablement "I help me". Croyant d'abord à un manque de maîtrise linguistique, nous prenons le temps de comprendre son message. Nous sommes en fait dans une zone militaire interdite aux civils, et pour ce militaire, ne pas nous avertir le mettrait lui-même en danger vis à vis de sa hiérarchie. Ses mots sont convaincants : "Very dangerous, snipers don’t think : One Time STOP, two time STOP, no three time : BANG!". Les miradors nous épient, et nos envies de redécollage clandestin laissent place à la résignation. Nous sommes gentiment réaiguillés vers la sortie et passons devant un panneau d'information en lettres cyrilliques. Finalement ces jeunes militaires plutôt bienveillants auront été pour nous une belle rencontre.


Issyk Koul la subsidente

J'ai passé des années à essayer de comprendre l'aérologie. C'est devenu une passion, presque une obsession. Pour Philippe Nodet, c'est une science dont il faut établir des cartes, un travail de friche colossal. Sans grandes prétentions et en me basant sur les récits écrits par mes prédécesseurs ainsi que sur les 3 modèles proposés par l'application Windy, j'ai pu analyser que ce lac immense d'Yssyk Koul (160 km de long) crée une subsidence de la masse d'air en son centre. Les brises y divergent pour souffler en périphérie. Elles sont généralement faibles lorsque le vent météo est peu présent. Les cross sont donc plus faciles sur la partie médiane du lac, là où la brise est perpendiculaire à la pente, ailleurs elle est plus fuyante.


La météo du changement.

Nous avons observé des évolutions météo nettement plus rapides qu’en Europe, et ce dans les deux sens. Un ciel dégagé peut se couvrir ou devenir orageux en 30 à 60 minutes, et inversement. Les orages fondent sur nous en un temps record, mais parfois passent très vite. Il en est de même des plafonds nuageux, qui parfois descendent jusqu’aux basses couches en fin de matinée, mais peuvent reprendre plus de 1500m dans l’après-midi. Dans ces conditions, il nous a souvent été salutaire de reposer en altitude pour attendre une évolution favorable.

Carte des brises de la région du lac Issyk Kool
Carte des brises de la région du lac Issyk Kool

Kungeuï où Terskeï: que choisir?

Ces deux chaînes de montagnes ont comme seul point commun leur alignement Est-Ouest tout comme le reste du pays d'ailleurs, le rendant très ouvert aux vents d'Ouest et condamnant toute forme de cross vers l'Ouest.


La chaîne du Kungeuï (littéralement "ensoleillé“), a des vallées assez peu encaissées, des avants reliefs bien marqués. La crête sommitale culmine à 4400 m et les glaciers sont trop petits pour générer des vents catabatiques chaotiques. On retrouve là-bas un peu l'aérologie crossable de Bir-Billing en Inde. On décolle vers 8:30 sur les faces est, le plus haut possible pour être au-dessus des nuages de basse couche (nous avons décollé entre 3400 et 3800m sur ces faces). C'est d'ailleurs là que nous avons réalisé nos plus beaux vols dont un d'une centaine de kilomètres (REPLAY 3D). Parfois les plafonds baissent en cours de journée, il est alors conseillé de basculer plus au nord sur la chaîne qui fait office de frontière avec le Kazakhstan.

Au Nord du Kungueï, le pic frontalier Gora EshenBulak (4853 m) et son col glaciaire.
Au Nord du Kungueï, le pic frontalier Gora EshenBulak (4853 m) et son col glaciaire.

C’est ce que nous avons fait lors de notre plus gros vol, et cette décision fut un excellent choix. On ne peut pas parler de vol engagé. A aucun moment nous n'avons été hors de finesse d'un atterrissage docile et verdoyant. Nos balises GPS ajoutaient tout de même de la sécurité à ces vols impressionnants. Dans ces montagnes, les glaciers s’enchaînent à l’infini, offrant un spectacle saisissant. Les plafonds se situaient régulièrement autour de 4500m, avec un maximum à 4850m. Il nous a semblé possible, quelques jours plus tard, d’atteindre 5000m voire 6000m à la faveur d’une masse d’air plus sèche, mais il ne s’agit que de notre estimation visuelle alors que nous étions déjà sur la chaîne du Terskeï.

La chaînes du Terskeï est plus haute (5400m), ses vallées glaciaires sont longues et profondes. Les transitions y sont plus compliquées. Les versants de la crête sommitale sont complètement glacés. Si vous décidez de voler là-bas, optez pour des conditions sèches, même si elles sont stables.

En effet Kungueï veut dire ombragé. Habituellement, une casquette se forme assez rapidement mettant même les avants reliefs les plus bas à l'ombre. Là encore nous avons eu la chance de survoler ces chaînes depuis Karakol jusqu'à la frontière kazakhe. Au loin le Tian Shan avec ses 7000m vous ouvre ses bras mais c'est une autre histoire (autorisation administrative obligatoire).


Karakol en tête

Cette ville relativement touristique tournée vers le ski et sports de montagnes caracole en tête des villes plus appréciées par les touristes. La présence d'une station de ski explique cela. Pas étonnant que la majorité des traces sur XContest soient placées au départ de karakol. Mais croire que c'est la zone la plus volable est une erreur qui peut coûter du temps à l'occidental pressé. Le taxi vous conduira pour 700 Soms (7 euros) à la station de Kapriz. Le responsable de la remontée mécanique mettra les machines en route si vous êtes assez nombreux pour réunir 6000 Soms (environ 20 personnes). Sinon il faudra monter à pied.


Cette station devient le point de départ de notre dernier bivouac vers l'Est (REPLAY 3D). Le vol poussé par le vent dominant n’était pas particulièrement difficile, mais la configuration des vallées et la stabilité de la masse d’air rendait la progression laborieuse. C’est finalement la proximité de la frontière du Kazakhstan qui a mis fin à notre périple.

Bilan : 430 km dont plus de 200 parcourus en vol, 11 jours volables sur 14. La météo qui s’annonçait difficile a finalement été très clémente, et une meilleure optimisation des créneaux de vol aurait permis une performance sportive bien supérieure. Mais dans un tel voyage, il serait vraiment dommage de négliger le temps des rencontres et de l’observation. Notre principe était de viser

l’esthétique avant les kilomètres. Le pari a été réussi !

Les deux Kirghizistan

Nous avons connu au début du séjour des conditions comparables à celles de nos prédécesseurs de 2016, humides et ventées. A la fin en revanche nous étions dans une zone sèche et de grande stabilité, comme celle rencontrée par l’équipe des X riders il y a plus longtemps. Ce sont deux visages totalement opposés de ce pays, et les quelques jours de transitions se sont avérés très favorables au vol.


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